La  relation du chat avec l’homme remonte à la préhistoire bien qu’on ignore la  date de sa domestication.

Pourquoi,  de tous temps, le chat noir a-t-il fasciné et inquiété les hommes ?

Le chat a  été divinisé par les Egyptiens ; notamment leurs yeux réfléchissant la lumière  la nuit symbolisait le pouvoir de Râ, le dieu Soleil.    Déjà, chez  les Egyptiens, pourtant idolâtres du chat, le chat noir était assimilé à un  Ethiopien noir représentant le Diable.

Lorsque le  Christianisme s’est imposé comme religion d’état dans l’empire romain, le chat  n’a plus eu de caractère divin mais les fantasmes sont restés dans l’esprit  populaire et il est devenu une créature satanique surtout s’il est noir.


   Au cours  des XII ° et XIII ° siècles, le chat noir subit les attaques d’une phobie contre  les démons et les sorcières. Le seul fait de posséder un chat noir pouvait vous  faire accuser de sorcellerie.    Les croyances maléfiques se sont focalisées sur les chats noirs.

Le chat noir, suppôt ou incarnation du Diable

   Au Moyen  Age une légende rapportée par Césaire de Heisterbach  relate la mort d’un homme riche dans son  palais ; dans l’assistance se trouvait un mauvais prêtre assisté d’un diacre qui,  à la différence du prêtre, était un homme bon ; du fait qu’il n’était pas  aveuglé par ses mauvais penchants, le diacre put voir une scène invisible aux  autres. En effet, il vit que des chats noirs   entouraient le lit du moribond qui se mit à crier « Ayez pitié d’un  pauvre homme ; enlevez ces chats ! » Soudain un éthiopien noir enfonça  un crochet dans la gorge du moribond et lui arracha l’âme. Ici, le Diable est  incarné par l’Ethiopien, ancienne croyance égyptienne et les chats noirs sont  ses suppôts.

C’est  ainsi qu’est représentée la mort d’un homme voué à l’enfer.

Saint  Louis d’Anjou, lors de sa captivité à Barcelone, a été attaqué par un grand  chat noir, représentant le Diable.
   Dans des cérémonies noires au Moyen âge, le Diable s’incarne en chat noir qui  est adoré par une assemblée de disciples qui l’entourent et embrassent ses  parties génitales.

Le Diable qui accompagne la mort

Laurence  Bobis, dans son livre « Une histoire de chats» rapporte de nombreuses légendes  sur les chats noirs qui prédisent la mort. Elle relate notamment, selon une  légende cathare que Gaufrid, l’Inquisiteur de Carcassonne a été trouvé mort sur  son lit entouré de deux chats noirs.


Gautier de Coincy parle de « chats plus noirs qu’un sac de charbonnier » qui  entourent l’usurier qui va mourir.

Ou encore  selon Césaire de Heisterbach, dans un couvent,  une colombe perchée au-dessus de la cellule  d’un moine agonisant, est attaquée par un chat noir. Le chat noir est ici  assimilé au Diable qui guette l’âme du mourant. C’est l’opposition du malin et  de la colombe innocente.

Le chat noir qui cause la mort

   Une autre légende belge du XII ° siècle, toujours rapportée par L. Bobis, fait  allusion à la coquetterie d’une jeune fille qui accepta une parure offerte par  le Diable qui avait l’apparence d’un chat noir,  pour se rendre à une noce. Le Diable en lui  passant autour du cou la parure, l’étrangla.    Lors de l’enterrement de la jeune fille, le cercueil était si lourd que même  six personnes ne pouvaient le soulever. Alors, on ouvrit le cercueil qui ne  contenait plus qu’un chat noir qui s’enfuit.


   Un pêcheur qui avait fait le vœu d’offrir un poisson à Dieu et ne l’avait pas  réalisé, pêcha dans ses filets un chaton noir qu’il introduisit dans sa maison  pour chasser les souris. Le chat a étranglé toute sa famille.

Le chat noir  sacrifié

Le chat  noir était aussi une victime offerte en sacrifice à Satan.


En Ecosse, le rituel du « taghairm » consistait à offrir au Diable, des chats  noirs exclusivement, qu’on faisait rôtir vivants, embrochés. Attiré par les  hurlements des malheureux, Satan apparaissait sous la forme d’un chat et  exauçait les vœux des participants, notamment il leur donnait le pouvoir de se  rendre invisible…

Au XII° jusqu’au  XVII° siècle, des fêtes traditionnelles furent organisées à Metz, Melun ou  Paris ; les chats noirs y étaient brûlés vifs dans des paniers jetés dans  des feux. Le Diable doit souffrir !

Le chat noir et les sorcières

Si le  Diable prend souvent l’apparence du chat noir, les sorciers sont associés aussi  au chat noir. Les sorcières s’en entouraient. Une légende prétendait qu’elles  avaient une troisième mamelle pour allaiter leur chat familier. Elles  partageaient avec leurs chats les pouvoirs que leur accordait le Diable.  Certaines laissaient leur chat sucer leur sang.


 Les sorcières se réunissaient à certaines dates correspondant à des phases  précises de la lune.    Ces cérémonies étaient présidées par le Démon incarné en grand chat noir.

Au XII° siècle, certaines croyances affirmaient que les sorcières se  transformaient en chats, la nuit, et qu’elles rentraient par les fenêtres ou  les cheminées des maisons en poussant des hurlements effrayants et assaillaient  les enfants.

D’après un écrit de 1584 « Gardez-vous du chat » une sorcière ne pourrait se  transformer en chat que neuf fois. Le chat a, dit-on, neuf vies mais il  hanterait celui qui lui en a volé une afin de se venger. 


Angela Sayer rapporte plusieurs légendes, dans « Le Monde Fascinant des Chats  », chez Grûnd, notamment, à Vernon, des sorcières transformées en chats noirs,  se réunissaient dans un vieux château. Une nuit, quatre jeunes hommes entrèrent  dans le château et, à minuit, comme ils furent attaqués par une dizaine des  chats, ils luttèrent et il y eut des blessés de part et d’autre. Le lendemain,  dans le voisinage, plusieurs femmes portaient sur leur corps les traces des  blessures infligées aux chats.
 

Pourtant, l'image du chat noir n’a pas  toujours été négative.

Le char noir réhabilité

Même s’il  était craint, durant tout le Moyen-Age, le chat était aussi considéré comme un  animal utile.  Non seulement il attrape  les souris mais on lui reconnaît d’autres vertus parfois surnaturelles :

Le pouvoir du chat noir sur les éléments

Au Moyen-Age, le chat noir, s’il est craint, n’est pas  toujours obligatoirement néfaste. Par exemple, les marins  qui avaient l’habitude d’embarquer des chats sur leurs bateaux, pour lutter  contre les rats et les souris, en avaient un grand respect. Si, un homme en  colère se permettait de jeter un chat noir pardessus bord, ils pensaient avec  beaucoup d’angoisse que cela allait déclencher la colère des éléments.    Ils étaient aussi persuadés que, placé sur le pont, en cas de calme plat, il  pouvait aider à lever les vents.

Les vertus exorcistes et thérapeutiques du chat noir

Bien que  dans l’esprit populaire du Moyen-Age, le chat avait une image plutôt nocive :  porter la fourrure d’un chat faisait maigrir, manger de la cervelle d’un chat  intoxiquait et faisait perdre la raison, au contraire, le chat noir était  souvent utilisé en pharmacopée : selon le manuscrit des Kiramides, au XII°  siècle, les testicules du chat noir avec du sel font fuir les démons et un cœur  de chat noir attaché au bras gauche anesthésierait de toute douleur.

Le chat noir comme animal de compagnie

Si des  pratiques cruelles envers les chats se sont perpétuées jusqu’au milieu du  XVIII° siècle, on a perçu bien avant une évolution des esprits montrant plus de  sensibilité envers ces petits compagnons et même envers les chats noirs. L.  Bobis cite l’exemple de « Mme de La Sablière, amie de La Fontaine, qui résolut de se défaire de sa passion des  chiens en les remplaçant par des chats noirs et fut définitivement séduite par  ces animaux ».


D’ailleurs, si l’Occident pensait que le Diable était incarné en chat noir, ce  n’a pas été le cas chez les musulmans pour qui le chat était un animal  respectable qui gardait la maison, qu’il soit noir ou d’autres couleurs ; le  prophète Mahomet était ami des chats et on rapporte qu’un chat s’étant endormi  sur son manteau, il a préféré le couper plutôt que de déranger le chat. Au Maghreb,  c’est le chien noir qui porte malheur ;  d’ailleurs, le chien reste à l’extérieur des maisons alors que le chat même  noir y est un hôte privilégié.

Le chat noir porte-bonheur

   Même dans nos contrées, le chat peut être considéré comme un porte-bonheur :  c’est le cas d’une légende en Basse-Bretagne selon laquelle tout chat noir  possède toujours un poil blanc qui sert de talisman à celui qui parvient à  l’arracher.
   Pour les anti-chasses, sachez que dans les Vosges, on pensait que la patte  gauche d’un chat noir, enfouie dans la gibecière d’un chasseur, l’empêche de  bien viser !.
   Pensez-vous vraiment que nos chatons Bombay si craquants pourraient nous porter  malheur ?    Impossible, car même pour les plus superstitieux, seul le chat noir inconnu qui  croise notre chemin, pourrait porter malheur mais jamais le chat de la maison !

Les écrivains  férus de chat noir

De toute  façon, si le chat noir a fait couler tant d’encre, c’est bien parce qu’il est  fascinant.
   De nombreux auteurs ont vanté les mérites des chats et raconté leur passion  pour ces derniers ; Colette, Pierre Loti ou Doris Lessing., pour les plus célèbres.

- D.  Lessing raconte dans son livre « Les chats en particulier » son amour pour ses  deux chattes dont l’une est noire : « Quand elle somnole, les yeux mi-clos, elle devient ce qu’elle est vraiment,  quand la  maternité ne la pousse pas à un  excès de dévotion. Une belle petite bête saine, toute noire,  avec un noble profil incurvé et distant.  Chatte des ombres ! Chatte plutonique ! Chatte  d’alchimiste ! Chatte de minuit !    Mais la chatte noire ne s’intéresse pas  aux compliments, aujourd’hui, elle ne veut pas qu’on la dérange. Je lui caresse  le dos ; elle se redresse légèrement. Elle émet un vague  ronronnement par politesse à l’égard de  l’étrangère que je suis puis fixe son regard sur  l’infini, plongée dans l’univers qui se  dissimule derrière ses yeux jaunes. »


- Pierre Loti, un fervent admirateur des chats, avait, dit-on, peur des  chats noirs et aurait refusé de dormir sous le même toit qu’un chat noir ;  cependant, lui aussi est tombé sous le charme « maléfique » des chats  noirs car il s’est attaché à l’un d’eux qu’il  a ramené d’Istanbul sur le contre-torpilleur «  Vautour » jusqu’à Rochefort, dans sa maison. C’était un magnifique chat angora  noir qu’il a adopté et nommé Pamouk et avec lequel il a posé pour une photo.


   - Colette,  grande admiratrice des chats,  a aimé  aussi les chats noirs au point de les faire parler :

« Noir  dans le noir. Plus noir que le noir… Je n’ai pas besoin, pour disparaître, de  me cacher ; je cesse seulement d’exister, et j’éteins mes phares. Mais je  fais mieux encore ; je dépose mes deux phares d’or au ras du tapis,  flottant dans l’air, visibles et insaisissables, et je m’en vais à mes affaires… C’est de  la magie ? Mais, bien sûr. Croyez-vous qu’on soit noir à ce point, sans  être sorcier ? »

ou encore, ces paroles de chat noir :

"Je suis le Diable. Le diable. Personne n'en doit douter.   Il n'y a qu'à me voir, d'ailleurs. Regardez-moi, si vous l'osez ! Noir, d'un   noir roussi par les feux de la géhenne. Les yeux verts poison, veinés de brun,   comme la fleur de la jusquiame. J'ai des cornes de poils blancs, raides, qui   fusent hors de mes oreilles, et des griffes, des griffes, des griffes. Combien de griffes ? Je ne sais pas, Cent mille peut-être. J'ai une queue plantée de   travers, maigre, mobile, impérieuse, expressive - pour ne pas dire diabolique.   Je suis le diable et non un simple chat". Extrait  de Chats de Colette.

Ainsi que nous le dit Marie-Sophie Bazin (dans  son article dans 30 Millions d’amis de Mars 2007) le Bombay « fait mentir tous  ceux qui pensent encore que les chats noirs portent malheur ».

Conçu pour  ressembler à une panthère noire, le Bombay est « plutôt pépère que panthère »  (sic). Pot de colle et intelligent puisqu’il est capable de marcher sur un  tapis roulant à votre rythme, de rapporter une balle comme un petit chien, de  jouer à cache-cache.


Malgré leur grand succès, les Bombay sont encore rares en France ; serions-nous  encore superstitieux ?


Bibliographie : « Une histoire du Chat » de l'Antiquité à nos jours par Laurence Bobis Editions  Fayard

« Vie de deux chattes » de Pierre Loti chez Pardès, collection « Eden »

« Les chats en particulier » de Doris Lessing (livre de poche)

« Chats & compagnie » chez Solar

« Larousse du chat », collection Découvrir

 source :  www.chat-bombay.com